mardi 14 novembre 2017

L'accidentée

Daniel a bien résumé la situation. J'ai donc été opérée : la fracture du fémur a été réduite avec un super clou que je vais ramener en souvenir. Je commence à marcher - peut-on parler de marche ? - avec des béquilles. Côté douleur, le plus dur est passé, je pense. Etant dans une clinique de qualité,  je suis très bien suivie par médecins et personnel soignant. Le plus difficile sera peut-être le long  retour en avion envisagé à partir de la fin de cette semaine si l'assurance trouve deux places en  buisness class!
Le moral ? Bien sûr, je suis déçue de ne pas avoir pu aller jusqu'au bout de notre projet mais lors de mon passage à l'hôpital de Puno, j'ai  aussi pu voir de l'intérieur ce que vivent les gens démunis d'ici. Dans notre pays développé, nous avons vraiment la chance de pouvoir bénéficier d'assurances qui nous aident et nous protègent. Et puis, pendant un mois et demi, nous nous sommes imprégnés de superbes paysages, avons vécu des situations inhabituelles et fait des rencontres souvent chaleureuses et intéressantes. C'est pour Daniel que cet accident a été le plus éprouvant. Il a dû gérer - et il gère encore - une situation inattendue et pénible pour lui. Heureusement qu'il  comprend et parle l'espagnol. Il ne reste donc pas enfermé ici dans la clinique et commence à bien connaître le quartier. Moi, je n'ai pas le temps de m'ennuyer : Daniel m'a acheté des livres et des journaux, mon amie de Lima, María Ana vient  me rendre visite presque tous les jours et m'apporte elle aussi son réconfort et de la bonne lecture. Je viens de lire deux romans de Mario Vargas Llosa et je me suis régalée !


Entrée de la clinique
Panneau d'affichage dans la chambre avec nom du médecin, prénom de l'infirmière et de l'aide-soignante (changement toutes les 12 heures)






Autre panneau d'affichage dans la chambre (échelle de la douleur)




Un repas : soupe, viande+riz, dessert, boisson (jus de fruit ou infusion)

lundi 13 novembre 2017

Chapitre 1 - De la chute à l'arrivée à Lima

La chute d'Huguette au retour de la visite du site de Sillustani met fin plus tôt que prévu à notre voyage. Un séjour de presque 24 H aux urgences de l'hôpital de Puno nous a permis de constater le manque de moyens et la vétusté de celui-ci. Huguette est conduite en fauteuil roulant jusqu'à la salle de radiographie. Elle doit monter quelques marches jusqu'à la table d'examen. La radiographie met en évidence une fracture de la hanche. De là, elle est conduite dans la salle des urgences où l'on se croirait revenus au moins 50 ans en arrière! Il y a 8 lits tout près les uns des autres, quelques-uns séparés par des paravents crasseux. Les draps ne sont pas changés après le départ des malades, les couvertures sont poussiéreuses et tachées. Huguette et sa fracture sont installées sur un lit. Pas de sonnette pour aller aux toilettes, il faut appeler "señorita" ( je suis encore à l´hôtel à décharger les bagages). A mon retour, je l'aide à se rendre aux toilettes en allant chercher un fauteuil roulant dans le couloir. Contre le lit voisin, un plateau roulant échoué, une roue en moins. Sur ce lit, une jeune femme ne cesse de vomir sa bile dans un bidon plastique découpé. Plus loin, des membres d'une famille viennent changer la couche de la grand-mère. On ne voit ici que des gens de condition modeste. A l'hôpital public, le paiement est immédiat à la caisse pour chaque acte médical, paiement et passage à la pharmacie pour récupérer de quoi faire une piqûre.
Néanmoins, le personnel fait vraiment ce qu'il peut : il pose les perfusions avec les calmants et surveille dans des conditions difficiles avec du matériel vétuste et insuffisant. Comme il n'y a pas de chauffage( nous sommes à 3800 m d'altitude), médecins et infirmiers font parfois les visites avec leur anorak ou leur pull.
Après les appels passés à notre assurance, les choses se mettent peu à peu en place et Huguette demande à être transférée dans une petite clinique privée de la ville, surtout dédiée à soulager les problèmes liés à l'altitude  et aux perturbations intestinales des touristes. La meilleure chambre est située à l'étage et Huguette y sera hissée sur le dos d'un aide-soignant.
Le lendemain, les choses s'accélèrent. J'ai juste le temps de finir le bouclage des sacoches et l'emballage des vélos avant que nous soyons convoyés en ambulance vers l'aéroport de Juliaca. Voyage un peu secoué, entre le bitume craquelé de la route et les nombreux ralentisseurs. Et puis 2 H de vol sans histoire en avion sanitaire de Juliaca à Lima, Huguette étant cette fois-ci bien sanglée dans une coque. Transfert à nouveau en ambulance de l'aéroport à la clinique SANNA El Golf.  Les bicyclettes emballées dans du film étirable restent chez le coordinateur du vol sanitaire car elles ne peuvent être amenées à la clinique. Nos deux gros paquets mal ficelés contenant nos sacoches nous suivent.

Surveillance médicale dans l'avion sanitaire





Départ de Juliaca





Cabine de pilotage





Chapitre 2- L'entrée à la clinique et l'opération

On hésite d'abord à signer les formulaires d'admission, Huguette tenant à être opérée dans la Sarthe. Un coup de fil à IMA ( Inter Mutuelles Assistance) va la convaincre de faire l'opération ici, la clinique étant -selon IMA- une des meilleures de Lima. Si l'assurance est d'accord, alors c'est bon. On suit donc le "protocole" et la machine est en marche. Rentrée le lundi après-midi, elle ne sera opérée néanmoins que le jeudi matin. Entre temps, nous aurons vu défiler un nombre impressionnant  d'intervenants ainsi qu'un personnel aux petits soins avec l'accidentée. Côté repas, c'est le top et une diététicienne vient même s'enquérir de nos besoins.
Moi, j'ai le grade de "familiar responsable" et le droit de dormir sur une banquette dans la chambre. L'assurance ne prendra pas en charge mes repas mais comme les restos sont inexistants dans le quartier, je me satisferai de cette situation.
J'ai cependant un moment de panique le jour où Huguette est opérée : elle est placée en soins intensifs au moment de son réveil. On vient me signifier  sans avertissement préalable  et sans ménagement que je dois quitter la chambre que nous occupions car Huguette va être placée dans une autre chambre au rez-de-chaussée, chambre dans laquelle je ne peux séjourner. Et si je reste dans l'autre chambre, je devrai m'acquiter de 800 soles par nuit (environ  200 euros)!!! Ainsi est le "protocole", me dit au guichet une jeune employée inflexible. Du statut de "familiar responsable", me voilà devenu "familiar" "indésirable"puisque je ne peux payer. La solution de repli reste nos amis de Lima. Je me prépare à débarrasser le plancher, la tête basse quand le miracle arrive :  on frappe à la porte, on me dit que tout est arrangé, que le médecin a déclaré Huguette apte à quitter les soins intensifs, qu'elle va reprendre la même chambre et que je peux rester. Naviguer dans ces milieux inhabituels pour nous,  nous expose parfois à des situations difficiles. J'ai repris depuis mon rythme de croisière : présence aux heures des repas, exploration du quartier le matin ou l'après-midi, achat de journaux ou de livres pour Huguette...qui attend le moment de pouvoir enfin passer à la position verticale.




dimanche 12 novembre 2017

La chute

Au retour de Sillustani, deux chiens hargneux que nous avions déjà repérés à l'aller, sortent en aboyant de derrière un mur en nous poursuivant. Daniel s'arrête  et moi je me retourne pour voir s'ils ne s'approchent pas trop. Comme je ne regardais pas devant - erreur fatale !!! - j'ai heurté violemment le vélo de Daniel et suis tombée brutalement. Impossible de me relever. J'ai senti que quelque  chose s'était cassé. Daniel retourne sur le site,  revient avec un taxi et nous repartons à Puno avec les vélos et les sacoches.



















Sillustani


De Puno, nous allons jusqu'au site de Sillustani qui domine le lac d'Umayo où subsistent une cinquantaine de chullpas, des tours funéraires qui pouvaient atteindre 12 m de hauteur, dans lesquelles étaient inhumés les hauts dignitaires des civilisations collas et ensuite incas. Dans ces tours, ont été retrouvés des corps momifiés en position foetale ainsi qu'un trésor en or.


Ferme traditionnelle près de Sillustani



Les toritos en céramique placés à l'entrée de la cour ou sur le toit pour protéger la maison



Chullpas à Sillustani




Chullpa




Chullpa

samedi 11 novembre 2017

Anniversaire de la fondation de la ville de Puno



 

Scène quotidienne à Capachica


Plutôt que de jouer les touristes sur les îles flottantes à Puno, nous avons pris un colectivo pour aller sur la presqu'île de  Capachica, au bord du lac Titicaca, dans la campagne, où les femmes portent de drôles de chapeaux en feutre. Vie rurale où l'on voit surtout de petits troupeaux de moutons.
De retour à Puno, nous nous sommes retrouvés en pleine célébration du 349ème anniversaire de la fondation de la ville. Des groupes dansants et des fanfares ont parcouru les rues de la ville pendant une journée et une partie de la nuit. Des lycées participent avec leur groupe, une fanfare  et une danse particulière de la région dans des costumes aux couleurs très châtoyantes. Certains groupes resssemblent plutôt à un défilé de carnaval brésilien, toujours avec danses et bandas. Chaque année, cette fête se déroule à la même époque avec de nouveaux costumes coûteux mais les habitants de Puno sont attachés  à cette  fête commémorative.



Le lac Titicaca vu de Capachica

Cholas (indiennes) de Capachica




Les femmes indiennes toujours au travail




Chapeau typique de Capachica



Fête à Puno



Fête à Puno



Fête à Puno

Fête à Puno



Fête à Puno




Fête à Puno




Fête à Puno




Fête à Puno




Fête à Puno




 Fête à Puno

vendredi 3 novembre 2017

Rencontres avec des voyageurs au long cours et autres

Depuis La Paz, nous avons croisé quelques cyclovoyageurs qui se dirigent vers le sud.
- Un Bordelais sur les routes d'Asie et d'Amérique Latine depuis deux ans.
- Deux Belges qui ont pédalé entre Puno et La Paz, des habitués de cette région.
- Un français, Guillaume, sur un tricycle. Parti de Cuzco, il veut rallier Ushuaïa.
- Le même jour, 4 jeunes pleins d'énergie : un couple de Bulgares, partis il y a deux ans d'Alaska, un Colombien, parti de Bogota, une Anglaise sur un vélo dont le cadre est en bambou. Tous se dirigent vers Ushuaïa.
- Et encore le même jour, un jeune couple de Français, Esther et Jérôme, partis d'Arequipa pour aller jusqu'à Buenos Aires.
- Un couple de jeunes retraités québécois, Hélène et Normand avec lesquels nous avons longuement discuté. Partis du Québec il y a presque 2 ans, ils ont traversé les Etats Unis, le Mexique, l'Amérique centrale et ils sont maintenant au Pérou, direction Ushuaïa aussi et ils pensent remonter au Canada en passant par le Brésil.
- Aujourd'hui, à  l'hôtel, c'est une famille française avec ses 4 enfants que nous avons rencontrée. Ils vivent en Suède  et  sont partis pour un an à vélo depuis l'Equateur. Après l'Amérique latine, ils iront en Nouvelle Zélande. L'aînée a 14 ans. Ils ont un tandem ( le papa et un enfant), 2 vélos normaux pour les 2 enfants les plus grands, un vélo pour la maman auquel est accroché un "follow me" pour  le plus jeune. 

Avec nos 3 mois seulement à vélo, nous faisons vraiment figure d'amateurs...

Autres rencontres chaleureuses.
Un midi, nous nous arrêtons à Acora pour le pique-nique dans un petit parc en face de l'école. Nous sommes vite entourés par une nuée d'enfants étonnés et curieux devant notre déballage de thon en boîte, empanadas ( chaussons à la viande), petits pains, gâteaux, bananes...Ils nous observent, intrigués, et les plus hardis commencent à poser des questions, en particulier sur les différents accessoires des vélos. Ils habitent tous dans de petites fermes où l'on élève des vaches, des moutons et quelques porcs. Ils aident leurs parents en gardant les animaux ou à la cuisine et ils disent qu'ils aiment travailler. Plus tard, ils veulent être militaire, infirmière ou avocate. Et il y en a une qui nous a suivis très discrètement avec son vélo. Avait-elle envie d'aller plus loin que son village, voir ailleurs ?
Aujourd'hui, toujours à l'hôtel, nous avons rencontré le professeur de physique et professeur principal de Rebecca, la fille de nos amis de Lima. Or avant de faire connaissance, on s'était déjà vus dans un café. Pure coïncidence.

Et puis, il y a les rencontres avec les chiens. Certains se contentent de nous regarder passer, d'autres restent indifférents mais il y en a quelques-uns hargneux qui défendent leur territoire ou sont excités par le mouvement des roues. Notre réaction : s'arrêter et leur crier dessus en leur lançant éventuellement quelques pierres. J'ai aussi un bâton pour les éloigner. Hélène, la Québécoise a un truc qui marche bien : elle a un pulvérisateur qui envoie un jet puissant d'eau savonneuse. Il paraît que les chiens n'aiment pas ça du tout et fuient !



Devant l'école à Acora






Plantation des pommes de terre



Fermes  près du lac Titicaca


Hélène et Normand, les Québécois

mercredi 1 novembre 2017

Fêtes dominicales

Comme pour échapper à leur vie difficile, les cholos  aiment les fêtes. Ainsi, chaque dimanche, à Yunguyo, c'est la cérémonie des drapeaux. Les drapeaux du Pérou et  de la province sont hissés sur la place principale au rythme  de la fanfare de la police. Evènement attendu : on  a mis de beaux vêtements propres, on vient regarder la cérémonie, on écoute l'hymne national, la main sur le coeur ! C'est une sorte de rituel hebdomadaire, l'occasion de se promener sur la place, de saluer des connaissances, de manger une glace avant d'aller à la messe. Comme dans quelques jours ce sera la Fête des Morts, on vient aussi  faire bénir un bouquet de fleurs que l'on ira déposer ensuite sur la tombe d'un parent défunt.
A Pomata, autre fête : Les tenientes gobernadores, médiateurs cholos  élus par les membres de la communauté indienne, vont prêter serment devant les autorités locales et gouvernementales. Pour cette occasion, ils portent un costume traditionnel spécifique, marque de leur nouvelle autorité: les hommes en costume noir et les femmes avec la pollera (jupe noire), châle noir et chapeau noir. Auparavant, ils ont été recouverts de serpentins ce qui fait qu'ils sont transformés en boules multicolores qui se déplacent péniblement. Après les discours officiels devant la mairie, ils repartent au rythme des flûtes et des tambours devant l'église (superbe église baroque colonial du XVIème siècle) et convient leur famille et leurs amis à un repas préparé et payé par la communauté, repas que l'on prend assis par terre et largement arrosé de bière. Ici, toute fête implique une large consommation de bière, autant les hommes que les femmes...



Yunguyo - Les topiaires sont fréquents sur les places des villages





Yunguyo : fanfare de la police





Pomata : les tenientes gobernadores enrubanés 





Pomata : le public pendant la cérémonie







Pomata : le repas communautaire